
La Côte d’Ivoire n’a pas encore pris une part active à la notoriété de Frédéric Bruly Bouabré qui pourtant la lui rend avec force dextérité avec ses 85ans.
Côte d’Ivoire : Bruly Bouabré, un géni anonyme dans sont pays
Nul n’est prophète chez soi. Pourtant, « au nombre des personnes qui font parler de la Côte d’Ivoire en matière des Arts Plastiques dans le monde, figure Frédéric Bruly Bouabré », confiait le philosophe, critique d’art, le Pr. Yacouba Konaté le 1er août 2008 au Goethe Institut à Abidjan, lors de la table ronde organisée en hommage à ce patrimoine vivant, ce réservoir de savoirs ancestraux et modernes, écrivain, conteur, poète, inventeur d’écriture, artiste peintre mondialement connu, mais si peu par sa terre natale la Côte d’Ivoire.
Côte d’Ivoire : Bruly Bouabré, un géni anonyme dans sont pays
Nul n’est prophète chez soi. Pourtant, « au nombre des personnes qui font parler de la Côte d’Ivoire en matière des Arts Plastiques dans le monde, figure Frédéric Bruly Bouabré », confiait le philosophe, critique d’art, le Pr. Yacouba Konaté le 1er août 2008 au Goethe Institut à Abidjan, lors de la table ronde organisée en hommage à ce patrimoine vivant, ce réservoir de savoirs ancestraux et modernes, écrivain, conteur, poète, inventeur d’écriture, artiste peintre mondialement connu, mais si peu par sa terre natale la Côte d’Ivoire.
Jeudi 11 mars 1948, naissance de l’illumination artistique chez Bruly Bouabré.
« Je suis un africain et je note chaque instant de ma vie. Toutes les traces du monde réel et spirituel doivent êtres consignées... En 1948 j’étais à Dakar au Sénégal où je travaillais comme commis. Un jour que j’allais au travail, je ne portais pas de montre et je voulais savoir l’heure qu’il était. Il faut savoir que les africains apprécient le temps par l’ombre du soleil. J’ai donc regardé le soleil qui curieusement s’est divisé en deux. La partie sud était plus grande que celle du nord. Puis le soleil s’est transfiguré pour donner naissance à 7 soleils colorés qui ont décris un cercle de beauté autour de leur Mère Soleil. Le soir, j’ai été pris d’une terrible transe. C’est là que je suis devenu Cheik Nadro « celui qui n’oublie pas ». Je compris ce jour là que Dieu existe. » Gbeuly Gboagbré, devenu Bruly Bouabré par la force de déformation de l’autorité coloniale, venait ainsi d’être témoin d’une révélation, d’avoir une vision céleste de laquelle toute son œuvre et sa philosophie de vie tirent leur origine et leur force d’autant plus que Yaya Savané, son curateur depuis une vingtaine d’années, affirme que « ce témoignage oculaire entretient en permanence une relation d’échange entre son œuvre et sa vie qui s’opère au quotidien par un approfondissement de tout ce qui est caché ou donné à la surface des choses, des signes, des rêves, des mythes, des traditions. Ainsi, F.B.B révèle tout ce qui frappe à ses sens et aborde tous les champs du savoir. Il nous suffit de parcourir ses nombreux manuscrits où sont consignées ses recherches sur des sujets aussi divers que les arts et traditions, la poésie, les contes, la religion, l’esthétique, l’histoire, la philosophie, l’anthropologie, la politique et les sciences. »
L’alphabet Bété ou Ouest Africain
Cette force de savoir les savoirs ancestraux d’Afrique et du monde le conduit à la conception d’un système d’écriture, un alphabet de 448 pictogrammes monosyllabiques qui sont aptes à reproduire tous les sons humains. A cet effet, Bruly Bouabré indique que « c’est important pour les Africains d’avoir une écriture à eux. Si les Européens, par exemple, nous ont dépassé, c’est bien parce qu’ils ont une écriture. L’écriture est un remède contre l’oubli, car l’oubli est un redoutable facteur de l’ignorance. On n’oublie pas ce qui est écrit. L’écriture divinise l’homme et est le creuset où vit la mémoire de l’homme. C’est pourquoi j’insiste sur la présentation de l’Alphabet Ouest africain. Les gens qui n’écrivent pas n’ont pas de valeur. J’ai imité les sons et je suis arrivé à créer un alphabet. Mais, il faut dire que tout est lié aux pierres de Becloi. En effet, c’est en 1952 que je me suis rendu à Becloi, un petit village sur l’axe Daloa- Issia (centre Ouest de la Côte d’Ivoire) où se trouvent une variété de petites pierres rouges et noires, probablement d’origine naturelle mais traditionnellement considérées comme surnaturelles. Ces pierres se présentent sous des formes très variées et portent des dessins géométriques. Dès que je les ai vues, j’ai pensée que ça devrait être le vestige d’une antique écriture. Je fais le lien avec un jeu pratiqué par les enfants dans mon village à Daloa. Ce jeu qui consiste à enchaîner des paroles à partir de signes séparés les uns des autres. On place des graines de palmier pour les lire et ça donnait par exemple : « la route, de quelque façon qu’on puisse la nettoyer, elle ne manque pas d’obstacle ». Les signes formulent des images et portent des messages. Les Hommes ont tort de se prendre pour les seuls dessinateurs au monde. Le hasard de la nature trace sur une peau de banane ou d’orange. Le vent pousse des nuages qui découpent des formes dans le bleu du ciel. Un jet de jus de cola qu’on a mâché sur une page parle. Tous les signes portent des messages que l’homme gagnerait à apprendre, à voir et à comprendre car dans la forme des signes, s’énoncent le bien et le mal. » En baptisant une pierre du nom de son père Gbeuly, il tient le raisonnement suivant : si un homme appelé Gbeuly se trouve dans la foule des initiés à l’écriture, et si on envoie un enfant appeler Gbeuly à l’aide d’une ces pierres, des voies s’élèveront pour dire : Gbuely, on t’appelle. Bruly Bouabré s’aperçoit que ce nom est composé de deux syllabes : Gbeu et Ly signifiant respectivement dans la langue bété cognée ou hache, lance. Ainsi, il parvient à traduire ces syllabes en deux dessins qui vont constituer le point de départ de son invention. Le système consiste à trouver pour chaque monosyllabe bété un petit dessin à partir duquel on retrouve le nom signifié. S’appuyant par la suite sur le syllabaire français pour la mise en place de son système, il s’est vite rendu compte que la phonétique du français ne correspondait pas entièrement avec celle du bété. Ce constat l’amena à créer d’autres signes pour l’ensemble des sons particuliers et propres au bété. Ainsi, naquit en 1956 le nouvel alphabet ouest Africain.« J’ai trouvé un alphabet et je suis prêt à l’enseigner à toute personne désireuse de l’apprendre… Cet alphabet appartient aux Africains, c’est à eux de se l’approprier. Il est universel et œuvre en faveur de la conservation du savoir humain» précise-t-il.
Prophète, inventeur d’écriture
Fondateur d’une religion, l’ordre des persécutés et d’un alphabet appelé alphabet bété ou ouest africain, « F.B.B. n’est pas de ce type de prophète agressif ou offensif qui crée une secte, une église » indique Yacouba Konaté. En outre poursuit-il, « il ne crée pas une écriture basée une langue. Cette écriture veut parler toutes les langues contrairement aux tentatives de création d’écriture. » Raison pour laquelle, il invite à une non spécification de l’écriture de B.B. à son ethnie d’origine, l’ethnie Bété. « Ce n’est pas une exhumation d’une écriture bété. Ce qu’il met en place pour créer cette écriture, ce n’est pas une écriture qui existait déjà. C’est lui qui donne à cette écriture le sens qu’il veut. Il donne le sens qu’il veut aux choses qu’il veut. C’est une construction moderne. Bruly Bouabré est moderne parce que sa méthode est scientifique » ajoute-il. Par ailleurs, le Pr Yacouba Konaté affirme que « F.B.B. s’inscrit dans un courant où l’invention à prétention scientifique croise la révélation. Cette mobilisation redoublée du scientifique et du spirituel, porte un défi unique : faire voler en éclats le mythe de l’Afrique terre d’ignorance et faire mentir l’idée de l’Afrique terre d’oralité sans écriture. » Défi qu’il a donc en commun avec les autres prophètes créateurs d’écriture. Cette lutte pour apporter sa contribution à l’accélération de l’éducation des africains, fait, selon Yacouba Konaté, de F.B.B. « un disciple de Cheik Anta Diop pour qui la libération de l’Afrique ne sera pas achevée, tant que les Africains se parleront et cultiveront dans la langue des autres ». Aussi, a-t-il ajouté « nous devons créer des systèmes d’écritures qui nous permettent de comprendre facilement les autres. »
Magicien de la terre
Prophète et inventeur d’écriture, Frédéric Bruly Bouabré intègre une troisième dimension, celle d’artiste. « J’allais vers Victor Hugo et je me suis marié avec Picasso » clame-t-il, parce qu’il aurait voulu toujours être reconnu comme écrivain. André Magnin, Directeur de la CAAC (Collection d'Art Africain Contemporain) ayant vu ses textes et ses dessins (500) qu’il faisait sur de petites cartes a présenté 10 modèles au comité de l’exposition Les magiciens de la terre en 1989 au Centre Pompidou à Paris. D’où le surnom de magicien de la terre. « J’ai présenté à cette exposition des manuscrits originaux, des dessins, les 448 signes de l'alphabet et des pierres de Bécloi »indique-t-il. Depuis cette exposition qui a fait sa renommée internationale sur le terrain de la création plastique, ses œuvres graphiques continuent de sillonner le monde à travers sa présence dans les plus prestigieux centres d’art modernes d’Europe (exposition majeure en Allemagne « la documenta 2002 »), d’Amérique et d’Asie et contribuent au rapprochement des cultures, fondement du projet artistique de Bruly Bouabré. A cet égard, Yaya Savané renchérit en indiquant que « le fondement du projet artistique de Bruly Bouabré repose sur l’existence d’une parenté universelle, l’unité du monde et sur la nécessité du métissage culturel. Pour B.B. nous sommes tous parents et nous constituons une même famille… » Ces dessins emprunts de naïveté infantile dans le sens positif ramenant au rationalisme offrent aux spectateurs, aux dires de Eckhardt Brockhaus, psychanalyste, ami de Bruly Bouabré depuis 1967, « la possibilité de sentir et de ressentir le fond spirituel de l’artiste qui peut se résumer ainsi : Ici « parle et dessine » quelqu’un qui a vu jusqu’au fond des choses. »
Renaissance de la culture Africaine et progrès de l’humanité
A lecture de « Livre des lois divines », projet spirituel et bible de Frédéric Bruly Bouabré qui essaie d’intégrer la spiritualité africaine dans la spiritualité chrétienne se présentant ainsi comme un homme qui accorde de l’importance au monde spirituel tout en accordant un respect scrupuleux à ses visions et de « L’Africain et son autobiographie », livre descriptif de la vie de l’artiste depuis son enfance jusqu’à 1968, Eckhardt Brockhaus, indique que dans la pensée de l’homme, la renaissance de la culture africaine et la progrès de l’humanité sont très liés. «F.B.B. n’a pas trahi son origine africaine. Il n’est pas simplement devenu un intellectuel francophone se soumettant à la culture occidentale dévalorisant ainsi sa propre culture. Il utilise sa connaissance de la culture européenne pour trouver des moyens d’enrichir la culture africaine, à lui donner conscience d’elle même de sorte qu’elle puisse être entendue et prise au sérieux par les autres cultures du monde. » Aussi, « n’a-t-il pas condamné l’animisme de ses ancêtres en le taxant de « sauvage » ou de « primitif » quand il s’est ouvert au christianisme. En le devenant, il ne s’est pas contenté non plus d’être un fidèle ordinaire, qui avale les dogmes. Il a suivi un chemin propre et original en se référant à ses songes et ses visions pendant toute sa vie adulte. Ces songes l’ont persuadé qu’il est possible de réconcilier considérations animistes africaines et croyances chrétiennes. » Dans ses textes, indique Eckhardt Brockhaus, « Bruly parle de l’élévation à un niveau qui transgresse les questions des races, des différences culturelles, de pauvreté et de richesse…Il arrive à un niveau où les grandes questions de la vie humaine se posent à nous tous de la même façon. Bruly c’est quelqu’un qui a quelque chose à dire aux hommes du monde entier et en même temps aux ressortissants de son propre continent. L’œuvre de Bruly se veut aussi un pansement aux grandes fissures que la confrontation d’avec le monde blanc a laissées dans l’âme africaine. » Contrairement à ceux pour qui la victoire des africains consistera à s’identifier au blanc, Eckhardt Brockhaus, affirme que Bruly Bouabré a cherché un autre chemin. « Il a étudié tout ce qui était venu des blancs : leur racisme, leur colonialisme, leur littérature, leur philosophie, leur religion chrétienne. Il a réfléchit à tout cela mais en même temps, il a commencé à scruter une voie à l’intérieur de son âme, à suivre ses songes, à avoir des visions, à faire attention aux événements curieux d’un monde parallèle au nôtre qui est plus important et plus réel. Son âme était ébranlée, choquée par la confrontation avec le monde des blancs, il subissait dans son âme la tragédie de toute l’Afrique Noire et cet état de son âme le rendait sensible aux messages de son inconscient. »
Création d’un Centre d’Action Culturelle Bruly Bouabré
« Si la notoriété et la célébrité de Frédéric Bruly Bouabré ne dépendaient que de son pays, je peux affirmer sans risque de me tromper que nous serions bien moins avancés ». Ce coup de gueule de Yaya Savané, a eu une oreille attentive. Lors du festival N’Zassa organisé par le Ministère de la culture de Côte d’Ivoire, Bruly Bouabré a été décoré au rang de chevalier du mérite culturel par le Président Laurent Gbagbo. Depuis lors, des actions en vue de la valorisant de ce patrimoine vivant constitué de savoirs ancestraux et modernes se poursuivent. Au nombre desquelles, la création d’un centre culturel d’Action Culturelle Bruly Bouabré à Zépréguhé son village natale situé dans le département de Daloa (centre ouest de la Côte d’Ivoire). Bâti sur les ruines de la première maison de Frédéric Bruly Bouabré de retour de Dakar en 1958, le centre d’Action culturel a gardé les mêmes dimensions que la demeure en banco précédente qui a été détruite pour la circonstance. Mais un pan du mur de cette vieille bâtisse sera préservé sous vitrine pour le présenter aux visiteurs du centre afin que ces deniers puissent se rendre compte des matériaux constitutifs de la première maison du prophète, inventeur d’écriture et magicien de la Terre qu’est F.B.B. L’espace précédemment utilisé comme salon servira de salle d’exposition, tandis que deux chambres seront consacrées à la salle de documentation et à celle de montage. Un bureau, une salle d’accueil et des toilettes constitueront les autres pièces du musée Bruly Bouabré. Ce musée, espace de diffusion de l’œuvre de Frédéric Bruly Bouabré est en chantier depuis juillet 2008 dans le cadre de « Partage », une rencontre d’échanges entre la Jeunesse Unie pour le développement de Zépréguhé (JUDEZ) et IDEM (Identité par Initiative), une initiative de jeunesse, un réseau de projets fondé par des jeunes en Allemagne et en Suisse et enregistré comme « société d’utilité publique ». Rencontre qui s’est déroulée du 13 juillet au 4 août 2008 à Zépréguhé autour de la philosophie, du travail artistique et du mode de vie de Frédéric Bruly Bouabré principalement et accessoirement autour de la culture et du mode de vie des pays de ces deux jeunesses avec la participation de IGADIM (Ich Glaube An Die Menschen=je crois eux hommes) de son vrai nom Wolfgang Wendker, artiste allemand, le psychanalyste et ami de longue date de Bruly Bouabré, Eckhardt Brockhaus et Yaya Savané avec l’Association Visage du Musée Africain (AVMA) dont il est le directeur exécutif et qui s’est donnée pour but la promotion de la pensée, de l’idéal et des œuvres artistiques de F.B.B mais également d’autres talents. Source, le Blog de Francis Yedan
S.A
S.A
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire